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V2G et flotte d'entreprise : la recharge bidirectionnelle qui va peser sur le TCO

La flotte électrique n'est plus seulement une source de coûts de recharge. Avec la recharge bidirectionnelle, chaque véhicule stationné et branché devient une batterie mobile capable de renvoyer de l'électricité vers le bâtiment ou le réseau.

Loan Charrassier · 30 juillet 2026 · 10 min de lecture

La flotte électrique n'est plus seulement une source de coûts de recharge. Avec la recharge bidirectionnelle, chaque véhicule stationné et branché devient une batterie mobile capable de renvoyer de l'électricité vers le bâtiment ou le réseau. Cette technologie, le vehicle-to-grid (V2G), ouvre un nouveau poste de valeur pour le gestionnaire de parc, directement rattaché au TCO.

Pour une PME ou une ETI qui électrifie sa flotte, l'enjeu est double. D'un côté, transformer un actif immobilisé la nuit ou en journée en source de revenus ou d'économies. De l'autre, comprendre les prérequis techniques, les véhicules éligibles et le calendrier réel de déploiement avant d'engager un budget d'infrastructure.

Le V2G reste une technologie émergente en 2025 et 2026, portée par les premiers modèles compatibles et par les projets pilotes des opérateurs de réseau. Cet article fait le point sur son fonctionnement, son impact chiffré sur le coût total de possession et les conditions à réunir pour l'intégrer à une stratégie de flotte.

350

euros de gain net par an et par véhicule en recharge bidirectionnelle (fourchette de 300 à 350)

Source : Analyse relayée par l'Union française de l'électricité (UFE)

Ce qu'est le V2G et comment il fonctionne en flotte B2B

Le vehicle-to-grid désigne la capacité d'un véhicule électrique à réinjecter dans le réseau électrique une partie de l'énergie stockée dans sa batterie. La recharge devient bidirectionnelle : le flux ne va plus uniquement de la borne vers le véhicule, mais aussi du véhicule vers le réseau ou le bâtiment [1].

Concrètement, un véhicule de flotte passe une large partie de son temps à l'arrêt. Sur ces plages de stationnement, sa batterie peut servir de réserve de flexibilité. Quand la demande sur le réseau est forte, ou quand le prix de l'électricité est élevé, le véhicule restitue de l'énergie. Quand la demande est faible et le prix bas, il se recharge [1].

Pour un parc, cette logique se décline en plusieurs usages. Le vehicle-to-grid au sens strict renvoie l'énergie vers le réseau public. Le vehicle-to-home, ou V2H, alimente un bâtiment. Le vehicle-to-load, ou V2L, alimente directement un appareil branché sur le véhicule. Ces trois briques sont souvent regroupées sous le terme V2X.

L'intérêt en gestion de flotte tient à la prévisibilité des cycles. Les véhicules commerciaux suivent des routines : départ le matin, retour le soir, stationnement sur site en journée pour certains usages. Cette régularité permet de programmer les fenêtres de restitution sans compromettre la disponibilité opérationnelle.

Recharge bidirectionnelle, materiel et vehicules compatibles

Le V2G repose sur trois éléments qui doivent être compatibles entre eux : le véhicule, la borne et le protocole de communication.

Côté véhicule, la compatibilité n'est pas généralisée. Les premiers modèles historiquement éligibles utilisaient le connecteur CHAdeMO, comme la Nissan Leaf. La nouvelle génération arrive avec des chargeurs bidirectionnels intégrés en courant alternatif. En 2026, la Renault 4 E-Tech est le premier modèle Renault équipé d'un chargeur AC 11 kW bidirectionnel compatible V2H et V2G, suivie par la Renault 5 E-Tech [2].

Le groupe Renault a industrialisé l'approche via son offre Mobilize V2G, qui s'appuie sur une borne de recharge en courant alternatif et un contrat de fourniture d'énergie [3]. D'autres constructeurs, comme Hyundai avec les Ioniq 5 et 6, proposent des modèles compatibles CCS bidirectionnel [4].

Côté borne, le matériel bidirectionnel se distingue de la borne classique. Les ordres de grandeur observés sur le marché en 2025 et 2026 illustrent l'écart de prix.

Type de borne

Prix moyen installé indicatif

Borne classique AC unidirectionnelle

Environ 1 200 euros [5]

Borne V2G en courant alternatif

1 500 à 2 500 euros [5]

Borne V2G en courant continu

Plus de 4 000 euros [5]

À ce coût matériel s'ajoutent des postes spécifiques à la bidirectionnalité. Les retours de terrain évoquent un comptage bidirectionnel de l'ordre de 800 euros pour la fourniture et la pose Enedis, ainsi qu'une certification réseau comprise entre 500 et 1 000 euros pour le dossier Enedis et les tests RTE [6]. Ces montants sont à considérer comme indicatifs et doivent être confirmés au cas par cas.

Côté protocole, le standard de communication est un point structurant du calendrier. La norme ISO 15118-20, qui encadre notamment la recharge bidirectionnelle, est attendue comme obligatoire pour les nouvelles bornes privées et publiques à partir du 1er janvier 2027 selon les analyses sectorielles [7]. Cette échéance conditionne l'interopérabilité entre matériels et véhicules.

Le V2G est-il compatible avec tous les véhicules électriques d'une flotte ?

Non. La bidirectionnalité exige un véhicule doté d'un chargeur compatible, une borne bidirectionnelle et le protocole ISO 15118-20. En 2026, l'offre reste concentrée sur quelques modèles, dont la Renault 4 E-Tech et la Renault 5 E-Tech en AC 11 kW [2], ainsi que des modèles CCS comme les Hyundai Ioniq 5 et 6 [4].

Impact du V2G sur le TCO et la gestion energetique du parc

Le coût total de possession d'un véhicule de flotte agrège l'achat ou le loyer, l'énergie, l'entretien, l'assurance et la fiscalité. Le V2G agit sur deux leviers de ce TCO : la réduction de la facture d'énergie et la création d'un revenu ou d'une économie liés à la flexibilité. Pour cadrer ces effets, la maitrise du TCO de la flotte automobile reste le préalable méthodologique.

Les études disponibles donnent des ordres de grandeur. Une analyse relayée par l'Union française de l'électricité estime que la recharge bidirectionnelle en V2G apporterait à l'usager un gain net compris entre 300 et 350 euros par an [8]. Ce chiffre porte sur un usage type et doit être ajusté à la réalité d'un parc professionnel, où le nombre de véhicules démultiplie l'effet.

Au-delà du gain unitaire, le pilotage de la recharge présente une valeur systémique. La Commission de régulation de l'énergie a estimé qu'un pilotage dynamique de la recharge des véhicules électriques pourrait apporter de l'ordre de 300 millions d'euros par an à l'échelle nationale [9]. Cette valeur alimente les mécanismes de rémunération qui redescendent, partiellement, vers l'utilisateur final.

Pour un gestionnaire de parc, l'équation TCO se lit ainsi :

  • Un surcoût d'infrastructure à l'installation, lié au matériel bidirectionnel et au raccordement.
  • Une économie récurrente sur l'énergie, en chargeant aux heures les moins chères et en restituant aux heures de pointe.
  • Un revenu ou une économie de flexibilité, dépendant des contrats et des mécanismes de marché accessibles.
  • Un point de vigilance sur la batterie, dont l'usure supplémentaire doit être mise en regard des gains.

Sur ce dernier point, les travaux disponibles indiquent que l'usage du V2G peut rester financièrement favorable lorsque les gains issus de la restitution d'électricité compensent la perte d'autonomie liée au vieillissement de la batterie [10]. Cet arbitrage doit être documenté avant tout engagement.

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Nouveaux revenus, pilotage de la charge et effacement reseau

Le V2G ouvre plusieurs sources de valeur pour une flotte, à condition de disposer des contrats adaptés.

La première est l'optimisation tarifaire. En chargeant lorsque le prix de l'électricité est bas et en évitant la recharge en pointe, le parc réduit sa facture. Cette logique prolonge les bonnes pratiques déjà décrites pour optimiser le cout de la recharge d'un vehicule electrique professionnel.

La deuxième est la participation aux services système du réseau. RTE a certifié la technologie V2G pour la participation à ces mécanismes, ouvrant la voie à une rémunération des véhicules qui aident à équilibrer le réseau [11]. Les projets pilotes des opérateurs testent ces flux de revenus.

La troisième est l'effacement et l'autoconsommation. Sur un site doté de production solaire, le V2H permet de stocker l'électricité produite en journée pour la restituer plus tard, réduisant les achats sur le réseau. Cette synergie entre véhicule et bâtiment est identifiée comme un levier de flexibilité par les acteurs de la filière [1].

Pour actionner ces leviers, l'infrastructure de recharge est le socle. Le déploiement de solutions de recharge, bornes, badges et installation IRVE conditionne la capacité du parc à piloter finement les flux d'énergie.

Combien peut rapporter le V2G par véhicule et par an ?

Les estimations sectorielles situent le gain net de la recharge bidirectionnelle entre 300 et 350 euros par an et par véhicule pour un usage type [8]. À l'échelle nationale, le pilotage dynamique de la recharge est évalué à environ 300 millions d'euros par an par la CRE [9]. Le gain réel dépend des contrats et de l'usage du parc.

Prerequis, freins et calendrier de deploiement pour les entreprises

Avant d'inscrire le V2G dans une stratégie de flotte, plusieurs conditions doivent être réunies. Elles concernent le matériel, les contrats, l'organisation et le cadre réglementaire.

Les prérequis techniques structurants sont les suivants :

  1. Des véhicules équipés d'un chargeur bidirectionnel, encore rares en 2026 [2].
  2. Des bornes bidirectionnelles et un comptage adapté, avec le surcoût associé [5][6].
  3. Un raccordement conforme, incluant le dossier Enedis et la certification RTE des équipements [6][11].
  4. Le protocole ISO 15118-20, dont la généralisation est attendue à partir du 1er janvier 2027 [7].
  5. Un contrat de fourniture et un agrégateur permettant de valoriser la flexibilité [3].

Les freins actuels sont principalement liés à la maturité du marché. L'offre de véhicules compatibles reste étroite. Le coût de l'infrastructure bidirectionnelle dépasse celui d'une borne classique. Les mécanismes de rémunération sont encore en phase de structuration, et la valeur redistribuée à l'utilisateur final dépend d'accords contractuels qui évoluent.

Le calendrier de déploiement s'appuie sur des jalons concrets. Les projets d'infrastructure se multiplient : EDF, soutenu par le Fonds d'innovation européen, vise le déploiement de 800 points de recharge V2G dans le cadre d'un projet dédié à la mobilité électrique [12]. Cette dynamique s'inscrit dans une transformation plus large du parc automobile professionnel, décrite dans l'analyse des records de septembre 2025 sur la transition energetique des flottes.

Sur le plan de la trajectoire nationale, Enedis anticipe un pilotage massif de la recharge, avec un objectif de plusieurs millions de véhicules pilotés à l'horizon 2035, afin de faciliter l'intégration de la mobilité électrique au réseau [13]. Le V2G constitue l'une des briques les plus avancées de ce pilotage.

Pour une PME ou une ETI, l'approche pragmatique consiste à intégrer le V2G dans une réflexion plus large sur l'electrification, l'ESG et la RSE. La restitution d'énergie propre et le lissage de la pointe s'inscrivent dans une logique de sobriété énergétique valorisable dans le reporting extra-financier.

Quand le V2G sera-t-il déployable à grande échelle en flotte ?

Le V2G est déjà opérationnel via des offres comme Mobilize V2G [3], mais l'échelle reste limitée par l'offre de véhicules et le coût matériel. L'échéance clé est la généralisation du protocole ISO 15118-20 attendue au 1er janvier 2027 [7]. Des projets comme les 800 points V2G d'EDF illustrent la montée en puissance [12].

FAQ

Quelle différence entre V2G, V2H et V2L ?
Le V2G renvoie l'énergie vers le réseau public. Le V2H alimente un bâtiment. Le V2L alimente directement un appareil branché sur le véhicule. Les trois relèvent de la recharge bidirectionnelle, regroupée sous le terme V2X [1].

Quels véhicules de flotte sont compatibles V2G en 2026 ?
L'offre est encore limitée. La Renault 4 E-Tech et la Renault 5 E-Tech disposent d'un chargeur AC 11 kW bidirectionnel [2], et des modèles CCS comme les Hyundai Ioniq 5 et 6 sont annoncés compatibles [4]. La compatibilité doit être vérifiée modèle par modèle.

Combien coûte une borne V2G par rapport à une borne classique ?
Une borne classique en courant alternatif coûte environ 1 200 euros installée, contre 1 500 à 2 500 euros pour une borne V2G en courant alternatif et plus de 4 000 euros pour une version en courant continu [5]. S'ajoutent le comptage bidirectionnel et la certification réseau [6].

Le V2G abîme-t-il la batterie des véhicules de la flotte ?
Les cycles supplémentaires génèrent une usure. Les travaux disponibles indiquent toutefois que les gains financiers issus de la restitution d'électricité peuvent compenser la perte d'autonomie liée au vieillissement, selon l'usage [10]. Cet arbitrage doit être documenté avant tout déploiement.

Quel gain financier attendre par véhicule ?
Les estimations situent le gain net de la recharge bidirectionnelle entre 300 et 350 euros par an et par véhicule pour un usage type [8]. Le résultat réel dépend des contrats, du profil d'usage et des mécanismes de flexibilité accessibles.

Faut-il attendre 2027 pour investir ?
Pas nécessairement. Des offres comme Mobilize V2G sont déjà disponibles [3]. La généralisation du protocole ISO 15118-20 attendue au 1er janvier 2027 [7] renforcera toutefois l'interopérabilité et devrait élargir l'offre matérielle.

Le V2G est-il pertinent pour une petite flotte ?
La pertinence dépend du profil de stationnement et du budget d'infrastructure. Une flotte au stationnement régulier et prévisible tire davantage parti de la flexibilité. L'analyse doit être intégrée au calcul du TCO global.

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