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Sinistres des véhicules électrifiés : 23,2 % plus chers, mais pas pour la raison qu'on croit

Un observatoire fondé sur plus de 2,7 millions de rapports d'expertise chiffre le surcoût des sinistres sur véhicules électriques et hybrides. Le détail du calcul est plus intéressant que le titre : une partie de l'écart tient à l'âge du parc, pas à la motorisation.

Dorian Jorry · 23 septembre 2026 · 5 min de lecture

Pictogramme d'un symbole pourcentage au trait, posé sur un disque vert d'eau

Le coût moyen d'un sinistre impliquant un véhicule électrique ou hybride dépasse de 23,2 % celui d'un véhicule thermique. Le chiffre vient de l'Observatoire des motorisations 2026 de BCA Expertise, réalisé avec le cabinet Prim'Act à partir de plus de 2,7 millions de rapports d'expertise établis entre 2022 et 2025. Pour un gestionnaire de parc qui négocie sa prime d'assurance, ce chiffre est à la fois exact et trompeur : il additionne trois effets distincts, dont un seul relève vraiment de la motorisation.

Un sinistre sur véhicule électrique coûte-t-il plus cher qu'un sinistre sur thermique ?

Oui, le coût moyen d'un sinistre sur véhicule électrifié dépasse de 23,2 % celui d'un véhicule thermique selon un observatoire portant sur plus de 2,7 millions de rapports d'expertise entre 2022 et 2025. Cet écart combine un coût de réparation plus élevé, une valeur de remplacement supérieure liée à un parc plus jeune, et un taux de perte totale différent.

Un écart qui a presque doublé en trois ans

L'écart de coût moyen entre véhicules électrifiés et thermiques est passé de 13,7 % en 2022 à 23,2 % en 2025, soit 9,5 points de plus. Dans le même temps, la part des électriques et hybrides dans les dossiers d'expertise est passée de 5,7 % à 12,5 %. Ces deux courbes expliquent pourquoi le sujet sort maintenant : le phénomène était marginal en volume, il ne l'est plus.

23,2

% de surcoût moyen d'un sinistre sur véhicule électrifié par rapport à un thermique en 2025

Source : Observatoire des motorisations 2026, BCA Expertise avec Prim'Act, établi sur plus de 2,7 millions de rapports d'expertise réalisés entre 2022 et 2025

12,5

% des dossiers d'expertise portant sur un véhicule électrifié en 2025, contre 5,7 % en 2022

Source : Observatoire des motorisations 2026, BCA Expertise avec Prim'Act, rapports d'expertise 2022 à 2025

Le premier levier : la réparation coûte réellement plus cher

Lorsque le véhicule est réparable, le coût moyen des électriques et hybrides dépasse de 23 % celui des thermiques. Plusieurs facteurs se cumulent : des tarifs de main d'oeuvre plus élevés, un panier de pièces plus coûteux, des modalités de prise en charge différentes, auxquels s'ajoutent la marque, l'âge et le gabarit des véhicules concernés. L'observatoire relève par ailleurs que les électriques, les hybrides rechargeables et les hybrides non rechargeables présentent des profils de coûts distincts, ce qui interdit de les traiter comme un bloc.

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Le deuxième levier : un parc beaucoup plus jeune

La valeur de remplacement à dire d'expert explique une part importante de l'écart, et elle tient surtout à l'âge. Les véhicules électriques expertisés ont en moyenne 3,3 ans et une valeur de 15 900 euros. Les hybrides non rechargeables atteignent 15 100 euros pour 5,3 ans. Les thermiques, bien plus anciens, affichent 13 ans de moyenne d'âge et une valeur de 5 200 euros. Indemniser un véhicule de trois ans coûte mécaniquement plus cher qu'indemniser un véhicule de treize ans, quelle que soit sa motorisation.

Motorisation

Âge moyen du véhicule expertisé

Valeur de remplacement à dire d'expert

Électrique

3,3 ans

15 900 euros

Hybride non rechargeable

5,3 ans

15 100 euros

Thermique

13 ans

5 200 euros

Une nuance importante vient tempérer cet avantage apparent de valeur : à âge comparable, l'observatoire constate une décote plus marquée des électriques sur le marché de l'occasion. Cet effet joue dans l'autre sens et rejoint ce que nous décrivions sur l'occasion électrique et les valeurs résiduelles en LLD.

Le troisième levier joue en faveur des électrifiés

Le taux de perte totale reste plus élevé pour les thermiques, avec un écart de 10 points. Leur ancienneté et leur valeur plus faible les font basculer plus vite en véhicule économiquement irréparable dès que le coût des réparations devient important. Un parc électrifié connaît donc davantage de réparations et moins de mises au rebut, ce qui n'est pas indifférent pour la disponibilité des véhicules et pour la gestion des véhicules de remplacement.

Les véhicules électriques sont-ils plus souvent déclarés économiquement irréparables ?

Non, c'est l'inverse : le taux de perte totale est plus élevé de 10 points pour les véhicules thermiques. Leur âge et leur valeur vénale plus faible font qu'un coût de réparation donné dépasse plus vite le seuil de l'irréparabilité économique.

Ce qu'une flotte peut réellement piloter

Sur les trois leviers, un seul se négocie et un seul se subit. Le coût de réparation dépend du réseau retenu, des règles d'orientation des véhicules et de la politique de réparation acceptée par l'assureur : il se travaille. La valeur de remplacement dépend de l'âge du parc, donc de la politique de renouvellement : elle se pilote indirectement, et un parc jeune reste préférable même s'il coûte plus cher à indemniser. Le taux de perte totale, lui, se constate.

  1. Demander à l'assureur la décomposition de la sinistralité par motorisation, et non un taux global de parc.
  2. Vérifier que le réseau de réparation agréé couvre bien les interventions sur batterie de traction, délais compris.
  3. Distinguer électriques, hybrides rechargeables et hybrides non rechargeables dans le suivi, leurs profils de coûts étant différents.
  4. Rapporter le surcoût de sinistre au coût complet de détention plutôt qu'à la seule prime, l'écart étant souvent compensé ailleurs.
  5. Réévaluer les franchises à chaque renouvellement de parc, un parc plus jeune ne justifiant pas les mêmes seuils qu'un parc âgé.

Notre position : le surcoût de 23,2 % ne constitue pas un argument contre l'électrification d'un parc, parce qu'il compare deux populations qui n'ont ni le même âge ni le même gabarit. Il constitue en revanche un avertissement sur la ligne assurance, trop souvent reconduite à l'identique pendant que la composition du parc change complètement. Les méthodes de réduction des coûts et des délais figurent dans notre dossier sur la gestion des sinistres de flotte.

Suivre cette décomposition suppose des données par véhicule et par motorisation, ce que la plupart des parcs n'ont pas sous la main au moment de la négociation annuelle. C'est précisément ce que centralise notre plateforme de gestion de flotte, et nos ressources et simulateurs permettent d'en tirer un coût complet par véhicule.

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