Électrifier un parc bute rarement sur le véhicule. Il bute sur le parking du conducteur. Tant que les bénéficiaires habitent en pavillon, la borne à domicile se commande comme une prestation ordinaire. Dès qu'un conducteur habite en immeuble collectif, l'entreprise perd la main sur la commande, sur le délai, et parfois sur l'issue. Ce guide dit ce qui reste en son pouvoir, ce qu'elle peut financer sans créer d'avantage en nature, et ce qu'elle doit écrire dans sa car policy pour ne pas promettre un résultat qu'elle ne maîtrise pas.
Le droit à la prise appartient au salarié, pas à son employeur
L'entreprise ne peut pas porter la démarche. L'article L113-16 du code de la construction et de l'habitation ouvre le droit au propriétaire, au locataire ou à l'occupant de bonne foi d'une place de stationnement d'accès sécurisé à usage privatif, et précise que l'équipement se fait aux frais de ce dernier. L'employeur n'occupe rien dans l'immeuble : il n'a pas qualité pour notifier le syndic, pour signer la convention d'accès aux parties communes prévue à l'article L113-17, ni pour contester une opposition devant le juge.
Ce que l'entreprise peut faire tient en trois choses : financer, outiller, patienter. Elle prend en charge tout ou partie du coût, dans les limites que l'Urssaf fixe et que la suite détaille. Elle fournit au conducteur le descriptif détaillé des travaux, le plan technique d'intervention et le schéma électrique que la notification exige, documents qu'un salarié seul obtient mal. Elle accepte enfin que le calendrier ne lui appartienne pas, ce qui change la façon de commander le véhicule. C'est une différence de nature avec la maison individuelle, où l'installation d'une borne chez le collaborateur reste une prestation classique.
L'employeur peut-il faire installer une borne chez un salarié qui habite en copropriété ?
Non, pas en son nom. Le droit à la prise est ouvert au propriétaire, au locataire ou à l'occupant de bonne foi de la place de stationnement, et à ses frais, par l'article L113-16 du code de la construction et de l'habitation. L'employeur peut financer l'installation et fournir le dossier technique, mais la notification au syndic et la convention d'accès aux parties communes sont signées par l'occupant.
Quatre mois au minimum entre la lettre recommandée et les travaux
Compter quatre mois dans le meilleur des cas, et davantage dès qu'il y a discussion. Le compteur ne part qu'à la réception de la lettre recommandée, et il court même quand personne ne s'oppose : le syndic dispose de trois mois pour saisir le président du tribunal judiciaire, à peine de forclusion, et rien n'oblige la copropriété à répondre avant l'expiration de ce délai. Un silence complet est donc l'issue favorable, pas l'issue rapide.
Étape | Délai | Texte |
|---|---|---|
Notification par lettre recommandée avec avis de réception, avec descriptif des travaux, plan d'intervention et schéma électrique | Point de départ | R113-7, R113-8 et R113-10 du code de la construction et de l'habitation |
Le copropriétaire bailleur transmet au syndic, quand le conducteur est locataire de sa place | 1 mois | R113-8 |
Le syndic peut saisir le président du tribunal judiciaire, à peine de forclusion | 3 mois à compter de la notification | R113-7 et R113-8 |
Le syndic notifie la saisine à l'occupant | 15 jours après la saisine | R113-8 |
Convention d'accès et d'intervention aux parties communes, à conclure avant les travaux | Préalable aux travaux | L113-17 |
Information des copropriétaires, en point d'ordre du jour, sans vote | Prochaine assemblée générale | R113-8 |
3
mois de délai de forclusion pour l'opposition du syndic
Deux conséquences pour la commande du véhicule. La première : la notification se lance à la signature du bon de commande, pas à la livraison, sans quoi le conducteur reçoit une voiture électrique qu'il ne peut recharger chez lui pendant un trimestre. La seconde : un véhicule thermique ou hybride en relais coûte moins cher qu'un conducteur mécontent, et se prévoit à l'avance.
Combien de temps faut-il pour installer une borne de recharge en copropriété ?
Quatre mois au minimum entre la lettre recommandée au syndic et le début des travaux, davantage en cas de discussion. Le syndic dispose de trois mois à compter de la notification pour saisir le tribunal judiciaire, et ce délai court même lorsque personne ne s'oppose au projet. Il faut donc lancer la démarche à la commande du véhicule, pas à sa livraison.
Ce que le syndic peut opposer, et ce qui l'engage ensuite
L'opposition n'est recevable que pour un motif sérieux et légitime, et la liste est courte. L'article L113-16 en retient deux : la préexistence d'installations répondant au besoin, et la décision du propriétaire ou du syndicat de réaliser lui-même l'équipement du parc de stationnement dans un délai raisonnable. Le coût des travaux, l'esthétique du parking ou le refus de principe d'une assemblée générale n'en font pas partie.
Le second motif se retourne contre celui qui l'invoque. Quand le syndicat s'oppose au motif qu'il fera les travaux lui-même, il est tenu par deux échéances : engager les travaux au plus tard trois mois après la saisine du juge, et les réaliser dans les six mois. Passés ces délais, l'occupant peut procéder à sa propre installation. Un syndic qui gagne du temps par cette voie finit donc par équiper l'immeuble ou par laisser faire.
- Motif recevable : des points de charge existent déjà et répondent au besoin
- Motif recevable : le syndicat a décidé d'équiper le parc, et il tient ses échéances de trois puis six mois
- Motif irrecevable : le coût pour la copropriété, puisque les travaux sont aux frais du demandeur
- Motif irrecevable : un vote d'assemblée générale défavorable, la démarche ne passant pas par un vote
- Motif irrecevable : l'absence de réponse du syndic, qui vaut acceptation à l'expiration des trois mois
Une assemblée générale peut-elle refuser une borne de recharge individuelle ?
Non, le droit à la prise ne passe pas par un vote d'assemblée générale. Le syndic inscrit le projet à l'ordre du jour de la prochaine assemblée pour information seulement, et il ne peut s'y opposer que devant le tribunal judiciaire, pour un motif sérieux et légitime au sens de l'article L113-16 du code de la construction et de l'habitation. Un refus voté en assemblée n'a pas d'effet juridique sur la demande.
Ce que l'entreprise peut payer sans créer d'avantage en nature
Tout dépend de ce qui arrive à la borne quand le salarié quitte l'entreprise. Si elle est retirée, la prise en charge des frais d'achat et d'installation échappe entièrement à l'avantage en nature, sans plafond. Si elle reste chez le salarié, elle lui profite après son départ, et l'Urssaf n'en exonère plus qu'une fraction plafonnée. En copropriété, cette bifurcation se joue au moment de la convention d'accès, pas au moment du départ : une borne raccordée sur le tableau des parties communes ne se démonte pas sans une clause qui l'a prévu.
Situation | Prise en charge exonérée | Plafond au 1er janvier 2026 |
|---|---|---|
Borne installée sur le lieu de travail, usage personnel compris | Intégralité, jusqu'au 31 décembre 2027 | Aucun |
Borne au domicile, retirée à la fin du contrat de travail | Frais d'achat et d'installation en totalité | Aucun |
Borne au domicile conservée, borne de moins de 5 ans | 50 % des dépenses réelles d'achat et d'installation | 1 057,10 € |
Borne au domicile conservée, borne de plus de 5 ans | 75 % des dépenses réelles d'achat et d'installation | 1 585,50 € |
Autres frais : utilisation, location de la borne | 50 % des dépenses réelles | Aucun plafond en valeur |
Au-delà de ces limites, seul l'excédent constitue un avantage en nature. Sur une installation facturée 1 800 euros à un salarié qui conserve une borne neuve, la prise en charge exonérée s'arrête donc à 1 057,10 euros, et les 742,90 euros restants, si l'entreprise les paie aussi, entrent dans l'assiette. Le détail du remboursement de l'électricité consommée, qui obéit à d'autres règles, est traité dans notre guide sur la recharge au domicile du collaborateur.
1 057,10
euros, plafond exonéré pour une borne conservée par le salarié
Affiner les hypothèsesFrais annexes 0 € · cotisations 22 % et 42 % · TMI 30 %
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L'employeur peut-il financer la borne d'un salarié sans avantage en nature ?
Oui, intégralement, si la borne est retirée à la fin du contrat de travail. Si le salarié la conserve, l'exonération est limitée à 50 % des dépenses réelles dans la limite de 1 057,10 euros pour une borne de moins de cinq ans, ou 75 % dans la limite de 1 585,50 euros au-delà de cinq ans, selon le barème Urssaf au 1er janvier 2026. Seul l'excédent constitue un avantage en nature.
L'infrastructure collective, la voie qui ne coûte rien à la copropriété
Quand plusieurs conducteurs habitent le même immeuble, ou quand le syndic traîne, l'infrastructure collective résout le blocage par l'argument qui porte en assemblée : elle ne coûte rien à la copropriété. Un opérateur d'infrastructures de recharge ou le gestionnaire du réseau public de distribution installe la colonne montante dédiée sans frais initial pour le syndicat, et répercute les coûts sur les seuls utilisateurs, selon le ministère de la Transition écologique. Chaque résident se raccorde ensuite à sa main, avec un comptage individualisé de ses consommations, comme l'exige l'article L113-16.
L'argument du nombre pèse aussi. Un peu plus de 17 500 immeubles disposaient d'une infrastructure collective de recharge en France au premier trimestre 2026, en hausse de 53 % sur un an, et environ 41 000 immeubles avaient un projet validé. Une copropriété qui refuse n'est plus une copropriété prudente, elle est en retard, et c'est cette phrase qui fait bouger une assemblée générale.
17 546
immeubles équipés d'une infrastructure collective de recharge, en hausse de 53 % sur un an
Qu'est-ce que l'infrastructure collective de recharge en copropriété ?
C'est une colonne montante dédiée à la recharge, installée dans le parking par un opérateur d'infrastructures ou par le gestionnaire du réseau de distribution, sans frais initial pour le syndicat des copropriétaires. Les coûts sont répercutés sur les seuls résidents qui s'y raccordent, chacun avec son propre comptage. C'est la voie à privilégier quand plusieurs conducteurs habitent le même immeuble ou quand une assemblée générale redoute la dépense.
Les aides visent le logement, pas l'entreprise
Les dispositifs de soutien à la recharge résidentielle s'adressent au particulier et à son logement, et une facture établie au nom de l'employeur en sort. Le taux de TVA réduit à 5,5 % sur l'installation et l'entretien d'une borne à domicile suit le logement, pas le payeur. Le crédit d'impôt pour l'acquisition et la pose d'un système de charge pilotable, lui, bénéficie au contribuable qui occupe le logement, et jamais à l'entreprise. Avant d'arbitrer entre payer directement l'installateur et rembourser le salarié sur justificatif, il faut donc regarder qui capte quoi : le remboursement laisse au conducteur le bénéfice des aides du logement, le paiement direct le lui retire.
Le plan de repli quand la copropriété bloque
Un conducteur sans borne à domicile n'est pas un conducteur sans solution, à condition de l'avoir décidé avant la livraison. Trois options tiennent, et la première est de loin la plus économique pour l'entreprise : la borne au bureau ne crée aucun avantage en nature jusqu'au 31 décembre 2027, même pour un usage entièrement personnel. Les deux autres coûtent davantage et se pilotent au réel.
Solution de repli | Coût social pour l'entreprise | Ce qu'elle exige |
|---|---|---|
Recharge sur borne d'entreprise | Aucun avantage en nature jusqu'au 31 décembre 2027, usage personnel compris | Des points de charge en nombre suffisant et un conducteur qui passe au bureau |
Carte de recharge sur réseau public | Frais professionnels sur justificatif, avantage en nature sur la part privée | Un relevé exploitable et une politique de plafonnement |
Borne sur une place louée hors résidence | Même régime que la borne au domicile | Un bail de stationnement et l'accord du bailleur de la place |
L'option du bureau mérite d'être chiffrée avant d'être écartée. Un point de charge partagé entre plusieurs conducteurs sans borne à domicile revient souvent moins cher qu'autant d'installations individuelles plafonnées, et il échappe au plafond de l'Urssaf. Les coûts et obligations correspondants sont détaillés dans notre guide sur la borne de recharge en entreprise.
Que faire si la copropriété d'un salarié refuse l'installation d'une borne ?
Le refus d'une assemblée générale n'a pas d'effet juridique, et une opposition n'est valable que portée devant le tribunal judiciaire dans les trois mois. En attendant l'issue, la recharge sur une borne d'entreprise reste la solution la moins coûteuse socialement, puisqu'elle ne crée aucun avantage en nature jusqu'au 31 décembre 2027, y compris pour un usage personnel.
Ce qu'il faut écrire dans la car policy
Une car policy utile distingue les conducteurs selon leur logement, ce que peu de documents font. Six clauses suffisent à couvrir le cas de la copropriété, et elles évitent la totalité des litiges observés sur ce sujet.
- Le montant maximum pris en charge pour l'achat et l'installation, aligné sur le plafond Urssaf en vigueur, et ce qui arrive au-delà
- Le sort de la borne à la fin du contrat de travail, retrait ou conservation, décidé dès la commande et non au départ
- L'obligation de lancer la notification au syndic à la commande du véhicule, avec le dossier technique fourni par l'entreprise
- La solution de recharge applicable pendant la procédure, et sa durée maximale de prise en charge
- Le traitement du conducteur qui déménage, en particulier vers un logement sans place de stationnement privative
- Le mode de remboursement de l'électricité consommée, distinct du financement de la borne
Ces clauses se rédigent une fois et servent des années. Le modèle de car policy à personnaliser en reprend la structure complète, et notre guide sur la politique véhicule d'entreprise explique comment l'articuler avec le reste du document. Pour suivre qui dispose d'une borne, où en est chaque procédure et ce que chaque conducteur recharge, ces informations se tiennent dans l'outil de gestion de parc plutôt que dans un tableur : c'est ce que couvre Evera Fleet.




